15 mai 2008

Nouvelles Brésiliennes !

L'abbé Roch Perrel (Anc CT XVIIe Paris) nous envoie de ses nouvelles en direct du Brésil :


Il est loin le temps où les exilés perdaient contact avec tout le monde quand ils s'expatriaient et que la moindre lettre mettait un temps fou à parvenir, grâce à l'internet on a les nouvelles rapidement et on peu écrire à un tas de personnes à la fois sans trop d'effort.


Ainsi donc, voici quelques nouvelles après trois mois au Brésil. D'abord mon portugais se perfectionne, j'arrive à peu près à suivre 80 % d'une conversation entre Brésiliens, sauf à tomber sur un paysan de "l'intérieur" à l'accent déplorable, par contre, j'ai encore du mal à conjuguer convenablement les verbes et à placer les accents toniques au bon endroit.


C'est important car un accent mal placé peut changer le sens d'un mot ou le temps d'un verbe. Mes auditeurs sont indulgents et font mine de me comprendre. Le carême est enfin terminé et j'ai pu visiter le centre de Sao Paulo : le marché municipal où on trouve tous les produits qu'on recherche, sauf peut-être les fromages français, je ne sais pas pourquoi et les huîtres qui étaient mortes quand je les ai ouvertes.


En effet, pour célébrer dignement le dimanche du Bon Pasteur, j'avais emmené mes quatre séminaristes à la campagne, dans une maison appartenant à la communauté de l'oratoire (il y a là une prêtre qui célèbre habituellement la messe traditionnelle et qui nous confesse), je leur ai fait découvrir le champagne tandis qu'ils m'initiaient à la cachaça, l'alcool local fabriqué à partir de la canne à sucre. Ca rappelle le rhum bien évidemment. Certains m'avaient prédit que je mangerais du lait concentré matin, midi et soir, ça n'est pas tout à fait exact, par contre, pour le riz et les haricots, c'est vrai, c'est la base de l'alimentation et dans certaines régions, on y rajoute même des nouilles.


Autant dire que le Brésilien ne semble pas mourir de faim, d'autant moins que c'est un grand pays agricole et qu'on trouve des légumes à profusion et en toute saison.Du point de vue de notre installation, nous logeons dans une bonne maison d'un quartier résidentiel, c'est agréable même si la chapelle est réduite. De ce côté-là, je suis revenu aux temps héroïques de la messe dans les garages, mes démarches auprès de l'évêque n'ont pas encore abouti malgré mes demandes et ma bonne volonté.

Je suis régulièrement invité aux réunions des prêtres du secteur, ça me change de ce que je faisais avant et globalement, l'accueil est bon. Je ne vends pas tout à fait le même produit qu'eux, mon costume est complètement différent (ils sont quasiment tous en pékin intégral, ils viennent aux réunions en jean, T-shirt et baskets - l'archétype de la tenue interdite dans les bonnes écoles tradies) mais ils sont contents de me voir, de parler en français pour certain. Quand à mon évêque, s'il a inscrit l'IBP dans l'annuaire diocésain, il temporise bigrement ma demande d'audience avec lui.

Je reçois quelques demandes de prêtres qui souhaitent apprendre à célébrer la messe traditionnelle, ça n'est pas facile car ils mélangent un peu le latin et le portugais dans les prières. Et puis, j'ai de bonnes relations avec le père abbé du monastère Saint-Benoît de Sao Paulo, il y a une messe grégorienne tous les dimanches soir et il me demande à peu près un dimanche sur trois de venir la célébrer.





J'ai enfin été rejoint dans mon apostolat par l'abbé Vincent Baumann, un diacre ordonné en février dernier en stage de pastorale avec moi. Il a le bon goût de bien savoir chanter le grégorien, il a donc pris la chorale en main et ils sont très motivés pour cela, certains envisagent même de se rendre à Solesmes pour un stage cet été, j'ai bien essayé de les en dissuader et de les envoyer vers une autre abbaye mais rien n'y a fait, ils pensent que l'étiquette "made in Solesmes" fera bien dans leur CV.


La ville de Sao Paulo n'est pas très belle, il n'y a pratiquement rien avant le XIXème et la ville s'est énormément développée au XXème. Un jour que j'expliquais aux séminaristes que la chaire était apparu assez tardivement dans les églises au XIVème siècle, ils se sont esclaffés en disant qu'à l'époque, le Brésil était peuplé de cannibales en petite tenue. Du coup, pour voir des choses anciennes et belles, nous avons passé cette semaine dans le Minas Gerais, une région au nord de Sao Paulo qui a connu son heure de gloire au XVIIIème avec la découverte de mines d'or et de pierre précieuses.


Ce pays a été très riche à cette époque et ils ont construit de magnifiques églises baroques sans copier exactement ce qui se faisait en Europe. Ca donne quelque chose de très particulier et très beau, tout en étant relativement tardif puisque le baroque a continué jusqu'au XIXème. Guidé par un fidèle amoureux de cette région, nous avons passé une très bonne semaine à sillonner des routes semées de nid de poules (il est impensable de traverser ce pays de nuit, quand il n'y a pas de trous, il y a des ralentisseurs appelés brise-essieux, tout un programme), pour visiter Tiradentes, Sao Joao del Rey, Mariana, Congonhas et Ouro Preto. Dans cette dernière ville, un vendeur nous a présenté toute sa collections de pierres précieuses (citrine, améthyste, topaze, saphir...) qu'il portait à la ceinture, dans une petite banane.


En plus d'être passionné d'histoire, notre guide était aussi gourmand et un jour, il nous a fait faire des kilomètres sur un chemin pavé et défoncé pour arriver jusqu'à un petit restaurant muito tipico où on mange les légumes du jardin en allant dans la cuisine se servir directement dans les plats qui chauffent sur le feu.


Padre Roch Perrel


Instituto do Bom Pastor
Rua Gonçalo Pedrosa, 25
Ipiranga
04261 - 060 São Paulo - SP
Brasil

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